Les nus de GEORGE GROSZ

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Simon et Loriane en toute intimité…

Quand il lui avait dit qu’il bandait, au début, elle avait cru à une clause de style, une manière de lui

dire qu’il la désirait. Mais maintenant, elle était sûre que sa bite était en érection. Elle tenta de réguler sa respiration, de prendre un ton léger :

— On est idiots de se conduire comme ça à notre âge…

— Non. Je ne trouve pas.

La voix de Simon était dure. Presque méchante.

— Je voulais dire que… on s’excite tous les deux

à distance, ça sert à rien… si on était ensemble, ce serait pas pareil…

— Branle-toi !

— Quoi ?

Elle n’était pas certaine d’avoir bien entendu, mais il répéta son ordre. En fait, elle n’attendait que ça.

En même temps, elle imaginait qu’il serrait sa queue, elle croyait voir sa main à lui monter et descendre le long du membre.

— Tu te branles, toi ?

Il mit longtemps avant de répondre.

— Il faut que je te dise…

Sa voix était sourde, contrainte.

— Ça fait des années que je ne me suis pas branlé, mais en ce moment, je suis en train de le faire pour toi…

Loranne fut remuée par cet aveu. Elle passa lentement une main sur sa poitrine, sur son ventre, déboutonna le haut de son pantalon, descendit la fermeture.

— Alors ?

La voix de Simon était toujours dure. Impérieuse.

— Je… je commence…

— Dis-moi ce que tu fais… tout… dis-moi tout précisément, que je me branle en même temps que toi…

— Tu as entendu ?

— Oui. J’ai failli juter. Heureusement que je me suis retenu à temps. Maintenant, tu vas te branler le trou du cul avec le même doigt…

Il y eut un silence sur la ligne. Un long silence.

— Tu as compris ce que je t’ai dit ?

Nouveau silence, que Loranne brisa enfin d’une voix gênée :

— Oui… je… je ne fais pas ça d’habitude…

— Pourtant, l’autre jour, tu as aimé quand je t’ai enfilé un doigt dans le derrière. C’est toi-même qui me l’a dit.

— Oui… oui, c’est vrai, mais… quand c’est moi, c’est pas pareil…

— Je veux que tu le fasses pour moi !

Ce n’était pas une prière. Elle rentra son majeur dans son anus. Lentement. Avec précaution. D’abord, elle n’éprouva rien de particulier puis, à mesure que le doigt la pénétrait, elle réalisait l’impudeur de ce qu’elle était en train de faire. Elle était seule, mais c’était comme si les yeux de Simon étaient fixés sur elle. Sur son doigt qui s’introduisait dans l’anneau, dont elle sentait les contractions.

— Oh ! Je voudrais… Simon ! C’est toi… c’est ton doigt dans mon cul ! Vas-y ! Rentre-le plus loin !… va plus vite, Simon, va plus vite, je vais jouir !

— Non ! Arrête !

Elle stoppa ses mouvements, le doigt toujours fiché entre ses fesses. La houle de son bassin s’était arrêtée d’un coup, mais tout en elle réclamait la conclusion du plaisir.

Il lui semblait que son corps allait se révolter. Passer outre à cet ordre qui le frustrait. Elle se contenta de murmurer avec une immense déception :

— Pourquoi ? Pourquoi… c’était si bon…

Elle était en sueur, brûlante, moite de partout, la peau irritée. Et pas seulement aux endroits les plus sensibles, comme les pointes de ses seins, le sexe ou le creux de ses reins. Tout son corps était enflammé.

Elle aurait voulu être nue. Plus que nue. Ecartelée. Etalée. Ouverte de tous les côtés. Le moindre contact lui était insupportable, mais elle désirait en même temps que des mains la palpent, la triturent. Elle se sentait harassée, au bord de l’épuisement, et pourtant une énergie tenace bouillonnait au fond de son ventre.

Elle tentait de coordonner ses pensées, mais elle en était incapable. Son esprit était soumis à une succession de sensations qui l’assaillaient de toutes parts, puis et s’évanouissaient aussi vite. Comme des flashes lumineux aveuglants qui trouaient l’obscurité sans rien éclairer. Elle murmura encore d’une voix hésitante :

— Pourquoi Simon ? Pourquoi ? J’allais jouir…

Elle réalisa qu’il ne disait plus rien depuis qu’il lui avait donné l’ordre d’arrêter.

— Tu m’entends, Simon ? Qu’est-ce que tu veux ?

— Je veux que tu jouisses avec moi.

Loranne était si lasse, si bouleversée qu’elle ne se posait plus de questions. Il l’avait menée si loin qu’elle s’en remettait à lui. Elle attendait, convaincue qu’il saurait la tirer du vertige où il l’avait plongée. C’est alors qu’elle perçut à nouveau sa voix :

— Je vais jouir, moi aussi, mais je ne veux pas jouir seul. Je vais éjaculer dans ta bouche.

— Oui.

— Je ne veux pas que tu me suces, je veux seulement que tu me prennes dans ta bouche…

— Oui.

— Que tu écartes bien tes mâchoires pour laisser entrer mon nœud…

— Oui.

— Toute ma queue, jusqu’au fond de ta gorge…

— Oui.

— Je vais jouir…. Tu le sens ? Tu sens monter mon jus ? Il va couler… il arrive, il arrive… Ah ! oui ! Maintenant !

Elle était si complètement absorbée par leur jeu, si attentive à ses recommandations, qu’elle éprouva réellement le contact du gland qui s’engageait entre ses lèvres, la rigidité, le volume de la hampe qui la forçait à ouvrir ses mâchoires jusqu’à lui faire mal, la lente poussée jusqu’à ce qu’il heurte le fond de son palais.

Et quand il dit « maintenant ! », c’est le sperme de son amant qui fouetta son gosier, coula dans sa gorge.

Sa senteur fade lui emplit les narines. Sa consistance crémeuse, son goût salé se répandaient sur ses papilles.

C’était si véritablement le sperme de son amant qu’elle eut un orgasme sans se toucher, sans faire un mouvement. Secouée jusqu’au plus profond d’elle même par une jouissance sauvage.

Lu pour vous : les frasques d’une femme fidèle

Il en avait profité pour s’approcher d’elle, poser une main sur ses cheveux. Sur le sommet de son crâne.

  • Qu’est-ce que tu fais ?
  • Ben, tu vois… je touche tes cheveux.
  • Tu trouves que c’est le moment ?
  • C’est le meilleur moment puisque je le fais. Il y a des années que j’ai envie de caresser tes cheveux et je n’ai jamais osé le faire…

Il parlait doucement. Un chuchotement fluide comme une confidence. Le contact physique et le murmure de sa voix grave provoquèrent chez Loranne une réaction instinctive à laquelle elle ne s’attendait pas. Elle inclina la tête comme si elle souhaitait un prolongement de la caresse. Simon emmêlait avec nonchalance ses doigts dans les longs cheveux fins et souples. Sa main se referma sur la nuque ployée. La jeune femme fut envahie d’une agréable sensation de bien-être. Elle aimait ce poids tiède sur son cou. Pourtant, elle trouva tout de même la force de balbutier :

  • On devrait pas…
  • Chut ! Dis rien… c’est un instant magique…

Il avait raison. Il se passait quelque chose entre eux qui ne pouvait s’exprimer avec des mots. Elle bougea un peu la tête de droite à gauche et c’est alors qu’elle perçut l’odeur de son corps. Un parfum à peine perceptible mais caractéristique d’homme endormi. Elle était très sensible aux odeurs et celle-là l’émouvait toujours. Simon était son préféré parmi ceux de la bande. Elle ne l’avait jamais envisagé autrement que comme un ami. Un ami fidèle et affectueux, mais un ami. Elle le pensait sincèrement, même si Benoît l’avait déjà plaisantée sur cet attachement qu’elle essayait de ne pas trop montrer. C’était ce qu’elle dirait si on l’interrogeait à cet instant précis : Simon n’est rien d’autre qu’un ami. En même temps, elle se rendait compte que leur attitude dérapait, devenait équivoque. Elle devait la faire cesser au plus vite. Benoît dormait dans la chambre à côté, Colette dans la chambre contiguë. Sans parler des autres. N’importe lequel pouvait surgir à tout moment et les surprendre. Mais elle ne trouvait pas le courage de prendre l’initiative de leur séparation. Ni le courage ni l’envie. Sa sensualité avait été éveillée, confusément d’accord, mais très nettement. C’était presque malgré elle qu’elle savourait les sensations qui s’éveillaient dans son ventre, alors que son esprit refusait encore de l’admettre. Pourtant, en dépit de son apparence raisonnable et presque froide, elle savait qu’au fond, elle était sensuelle. Gourmande de tous les plaisirs. Incapable de résister à la perspective d’une sensation agréable. Elle appréciait toutes les jouissances sans exception, même si elle s’efforçait de le dissimuler. Déjà, elle goûtait l’abandon de cette situation qu’elle n’avait pas recherchée, mais qu’elle acceptait en refusant de se poser des questions gênantes. Elle feignait de croire à un mouvement de tendresse passager et sans conséquence. L’obscurité et le silence aidant, elle voulait encore y voir une manifestation de leur amitié amoureuse. Les doigts de Simon lâchèrent son cou, glissèrent sur sa joue, rasant ses lèvres au passage. Les petits cheveux de sa nuque se hérissèrent, un frisson secoua sa poitrine. D’un seul coup, elle prit conscience que le jeu allait trop loin. Qu’elle ne devait pas le laisser continuer. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit de sa gorge contractée. Il la prit aux épaules, la releva. D’un geste maladroit, elle tenta de se dégager, mais le mouvement n’aboutit qu’à la plaquer contre son torse nu. Le fin coton de la nuisette n’était pas un rempart contre la chaleur de la peau qui se collait à elle. Elle posa une main sur la poitrine masculine, puis la retira précipitamment. Elle leva la tête en bredouillant quelque chose d’incompréhensible. Leurs bouches se frôlèrent, Loranne ne refusa pas le contact. Elle respirait le souffle de Simon. La pointe de sa langue glissait sur ses lèvres plus légèrement qu’une aile de papillon. En même temps, il pressait son ventre contre le sien, elle sentait la barre de son sexe. Jusque-là, elle pouvait croire à une bouffée de tendresse. Un élan de sensualité presque fraternelle. Maintenant, ce n’était plus possible. Ses doigts serraient ses épaules à lui faire mal, sa langue bougeait tout doucement contre ses lèvres et sa queue bandait sur son ventre. Elle ne pouvait plus croire à l’innocence de ce qu’ils étaient en train de faire. Mais elle ne chercha pas à s’écarter de lui. Si on lui avait dit la veille que cette nuit, elle aurait envie de faire l’amour avec un autre homme que Benoît, elle aurait crié au fou et éclaté de rire. Depuis six ans qu’ils étaient mariés, elle n’avait jamais désiré un autre homme. L’idée de le tromper lui aurait semblé absurde. C’était hier. D’un coup, elle entrouvrit ses lèvres et sa langue se porta au-devant de celle de Simon. Instinctivement, elle avait avancé son ventre pour éprouver la dureté du sexe qui s’y imprimait. Ses mains empoignèrent les reins de l’homme. Elle se pressa plus étroitement contre lui. L’envie lui était venue sans préméditation, sans calcul. Loranne ne trichait jamais avec ses impressions intimes. Elle avait brusquement eu envie de faire l’amour avec Simon. Une envie poignante qui lui irritait les nerfs. Il devina son consentement car ses mains descendirent de ses épaules à ses hanches, glissèrent sous la nuisette, remontèrent jusqu’à la nuque. Elle leva les bras pour qu’il fasse passer la légère chemise au-dessus de sa tête et elle remua plus fort sa langue dans sa bouche. Il embrassait bien. Sans hâte, mais avec une détermination tranquille qui la séduisait. Elle se cambra quand il toucha ses fesses. Elle adorait qu’on lui touche les fesses. Qu’on les caresse. Elle n’y résistait pas. Au bout de quelques secondes, elle faufila une main entre leurs ventres, écarta l’élastique du slip, se saisit de la queue brûlante qui se tendit encore un peu plus. La minute d’après, ils étaient nus tous les deux, debout dans l’obscurité. Ils se branlaient mutuellement, lèvres et langues luttant furieusement. Loranne était si absorbée par ses sensations qu’elle ne pensait à rien d’autre. Simon recula la tête, demanda avec un rire étouffé :

  •  On pourrait peut-être tirer le verrou ?

MÉMOIRE D’UNE CHANTEUSE ALLEMANDE : ORGIE

Outre le personnel de l’Opéra et l’intendant, qui assistait régulièrement aux répétitions,

j’aperçus ici un monsieur qui retint aussitôt mon attention. C’était un fort bel homme,

élégamment vêtu, le visage exceptionnellement spirituel. Il avait été amené par un de nos

collègues ; c’était un amateur et un connaisseur de choses d’art. Un de nos ténors ayant chanté

un passage en faisant quelques fautes, il s’avança et reprit ce passage avec tant d’ardeur, avec

un ton et une diction si justes, que nous en fûmes tous enchantés. Il avait une voix comme je

n’en avais encore jamais entendue, et qui me fit frémir de tous mes nerfs. Tout le monde

applaudit et le ténor s’exclama : “ Chanter après vous serait, vraiment, profaner cet air ” ; et il

rata le reste de son rôle, comme moi et les autres chanteurs d’ailleurs.

Je m’enquis auprès de Monsieur de N… du nom de cet inconnu, et demandai si c’était un

Hongrois.

— Vous m’en demandez plus que je ne saurais vous dire. Sa carte de visite porte : Ferry,

F.e.r.r.y. Ce peut être un Hongrois, un Anglais, un Italien ou un Espagnol, peut-être aussi un

Allemand, un Français ou un Russe. Il parle toutes les langues également bien. Je n’ai pas vu

ses papiers d’identité et je sais seulement qu’il arrive de Vienne, qu’il a été reçu à la cour et

qu’on se réjouit de pouvoir l’inviter à toutes les grandes soirées chez nos magnats.

Ferry resta jusqu’à la fin de la répétition et se fit présenter à moi.

Les jours où j’avais eu une répétition générale, j’étais libre le soir. On m’avait beaucoup

recommandé d’assister à des représentations de pièces parlées pour acquérir une bonne

prononciation en hongrois ; j’allai donc, le soir, au théâtre, dans la loge des acteurs. Au

premier entracte j’y eus une visite inattendue, celle de Monsieur de Ferry. Il s’excusa d’avoir

eu l’audace de me rendre ici visite, et je l’invitai à rester. Il me fit la cour, c’est-à-dire qu’il loua

ma voix, me trouva une belle prestance pour la scène, apprécia le bon goût de mes toilettes, et

autres compliments de ce genre, mais sans parler d’amour. Je me mis en tête de faire sa

conquête avant qu’une des femmes de magnat, plus ou moins cocottes, ne me l’arrachât. Je ne

négligeai aucun des artifices de la coquetterie et pus croire qu’il me serait aisé de le conquérir.

Et, comme il avait sollicité la faveur de me rendre visite chez moi, je pensais déjà le tenir ;

mais je m’étais fait illusion.

Nous parlâmes aussi d’amour, mais en termes fort généraux. Si même, par ses paroles, il

me donna à entendre que je lui plaisais beaucoup, il ne sollicita pas de moi la moindre marque

de faveur. Et quand, à l’arrivée ou au départ, il me serra la main, ce fut de telle façon que je

n’en pus rien conclure ; il le fit sans insister, sans y mettre aucune intention.

Je finis pourtant par l’amener à me parler de ses amours passées, en lui demandant s’il

avait déjà fait beaucoup de conquêtes et avait déjà été sérieusement amoureux.

— J’aime la beauté là où je la trouve, me dit-il. J’estime que ce serait de ma part une

erreur que de m’enchaîner à un seul être, de même que je tiens le mariage, avec ses règles,

pour l’institution la plus “ tyrannique ” de l’humanité. Comment un homme qui tient à son

honneur peut-il faire une promesse concernant une chose qui ne dépend pas de sa volonté ?

En fait, on ne devrait jamais rien promettre. Et vous ne rencontrerez personne qui puisse

m’objecter qu’on l’ait informé d’une quelconque promesse que j’eusse faite. Même quand on

m’invite à un dîner ou à une soirée, je ne promets jamais d’y aller ; je me contente d’accuser

réception de l’invitation. Je ne fais jamais de pari et ne joue à aucun jeu de hasard.

Précisément parce que je connais la puissance du hasard, je tiens à lui laisser, contre moi, le

minimum de chances. C’est aussi pourquoi je ne promettrai jamais d’être fidèle à une femme

qui me plaît. Qu’elle me prenne tel que je suis ; si elle condescend à partager mon coeur avec

d’autres, elle y trouvera toujours assez de place pour elle. Aussi n’ai-je jamais encore fait de

déclaration d’amour à aucune femme ; j’attends qu’elle, pour sa part, me dise franchement et

honnêtement que je lui plais assez pour qu’elle n’ait rien à me refuser.

— Je crois, répondis-je, que vous avez trouvé des personnes qui en fussent capables,

mais je ne comprends pas que vous puissiez les aimer, car, excusez-moi, seules des femmes

sans vergogne sont capables de faire une déclaration d’amour à un homme au lieu d’attendre

qu’il prenne l’initiative.

— Je ne vois pas pourquoi ! Un homme ne peut-il préférer une femme qui l’aime assez

pour renoncer aux règles conventionnelles à celle qui, avec lui, ne fait que jouer la comédie ?

Et même ces dames qui se font prier, ne le font-elles pas avec le ferme propos de céder en fin

de compte ? Un homme ne pourra-t-il aimer mieux, et plus longtemps, une femme qui lui aura

sacrifié sa propre vanité que celle qui, par coquetterie, le fait longtemps attendre ? Leur

amertume pousse d’ailleurs la plupart des hommes à se venger des femmes qui les ont fait

longtemps languir ; une fois conquises, ils le leur font payer en les trompant et les

abandonnant.

— Et ces malheureuses filles qui, dès le premier assaut, se livrent à l’élu de leur coeur,

méritent-elles aussi que les hommes se vengent d’elles ?

— Je ne me suis jamais vengé que de femmes coquettes. Je ne voudrais jamais

convaincre une jeune fille innocente de se donner à moi. Je ne l’ai jamais fait, bien qu’il ne

m’ait pas manqué de telles occasions. Chacune, en de tels cas, s’est offerte à moi, me priant de

l’affranchir d’une virginité devenue un fardeau ; chacune savait aussi que c’était là son destin.

Libres de choisir, elles pensaient : “ Me faut-il opter pour celui qui me poursuit de ses

assiduités, plutôt que pour celui qui me laisse deviner que je lui plais, mais sans me presser de

me déclarer à lui ? ” Celles qui raisonnaient avec une telle logique ont souvent porté sur moi

leur choix, surmontant ces scrupules ridicules que leur ont inculqués, dès l’enfance, leurs

mères ou leurs tantes ou d’autres êtres prudes ou gorgés d’expérience et qui leur prêchaient

une pudique réserve ; elles ont alors joué franc jeu avec moi. Aucune ne l’a regretté. À

chacune, je faisais observer les risques de sa décision ; à chacune, j’ai dit qu’elle pouvait se

trouver enceinte, que je ne l’épouserais pas, que j’aimais aussi d’autres femmes et qu’elles ne

me reverraient jamais. Dites-moi si ce n’était pas là agir avec honnêteté ?

Comment l’aurais-je nié ? À toutes mes objections, il avait réponse, et je savais qu’il ne

me ferait jamais de déclaration d’amour, mais je savais aussi que plus d’une Messaline, parmi

toutes ces femmes de magnats, le détourneraient de moi si je n’agissais pas dans le sens qu’il

me suggérait. Si j’hésitais encore, c’est dans l’attente d’une occasion qui m’éviterait d’avoir à

rougir de honte, et je comptais en trouver une pendant le Carnaval. Je ne sais s’il me croyait

très inexperte en amour ; mais, d’après tout ce qu’il m’avait dit, la virginité n’avait pour lui

aucun attrait particulier.

Je me demandai si je ne devrais pas m’en ouvrir à l’une de mes amies et la prendre

comme une sorte d’entremetteuse ; je racontai, en présence d’Anna, toute notre conversation.

Elle prit un air pensif et me dit qu’à son avis Ferry s’était déjà laissé prendre aux rets d’une des

femmes de magnats ; mais elle me promit de le faire parler pour savoir s’il prendrait part, lui

aussi, à l’orgie qui devait avoir lieu dans le bordel de Resi Luft.

Les nouvelles qu’elle m’apporta quelques jours plus tard n’étaient pas fort rassurantes.

Selon elle, Ferry avait désormais pour favorite la princesse O… Quant au bal “ masqué ” et à

l’orgie chez R. Luft, Ferry s’y montrerait certainement ; il avait été invité par trois dames, mais

n’avait pas promis de venir, car c’eût été contraire à ses principes.

Le soir où l’orgie devait avoir lieu approchait. Anna, Nina et Rosa m’aidèrent à

confectionner mon costume. Il était de soie bleu ciel, avec des entre-deux de gaze en soie

blanche, le tout brodé de fleurs dorées. On pouvait l’ouvrir à l’endroit des fesses, des seins et

du nombril jusqu’à trois pouces au-dessous de la grotte de volupté. Aux pieds, j’aurais de

charmantes sandales de velours écarlate, également brodées de fleurs dorées. Ma coiffure

consistait en un ornement de plumes de marabout. En outre, je porterais un masque de

taffetas, de sorte qu’on ne verrait que les yeux et la bouche.

Le 23 janvier, à 7 h du soir, nous nous fîmes conduire, Anna et moi, rue des Brodeurs.

Par-dessus mon déguisement, je portais un chaud manteau de fourrure ; Anna me quitta dans

le vestibule, où je remis ma carte d’entrée. Resi Luft elle-même la prit de mes mains. Il y avait

déjà beaucoup de dames et de messieurs, et j’entendis les sons d’un orchestre. Les premiers

messieurs que j’aperçus furent le gouverneur T… et le baron G…, sans masques et entièrement

nus. Mon apparition dans la salle fit sensation ; j’entendis des dames chuchoter, l’une à

l’autre : “ Elle va nous éclipser ! Ah ! comme elle est belle ! Un vrai sucre, on voudrait y

mordre ! ” etc.

Les messieurs étaient plus ravis encore. Les parties les plus belles de mon corps, mes

seins, mes bras et mollets, mon derrière et ma conque étaient nus, ou voilées d’un tissu

transparent ; on les voyait fort bien. Je jetai un coup d’oeil à la ronde, pour découvrir Ferry

parmi les hommes. Il se tenait aux côtés d’une dame vêtue d’un costume de tulle blanc ;

l’ornement, lis et roseaux, la désignait comme nymphe. Une autre dame, portant pour tout

vêtement une ceinture d’or rehaussée de diamants et, dans sa chevelure, noir de corbeau, un

diadème de diamants, représentait Vénus ; le bras au cou de Ferry, elle tenait en main son

sceptre d’amour, qui se cabrait sous ses doigts ; le gland, dénudé, brillait comme s’il eût été

imbibé d’huile ; il était d’un rouge sombre, et d’une taille inusitée. Jamais encore je n’avais vu

lance aussi longue et belle. Ferry était complètement nu, les pieds chaussés de sandales de

maroquin rouge cerise. Ni l’Apollon du Belvédère ni Antinoüs n’étaient aussi bien

proportionnés, aussi beaux que lui. Son corps était d’une blancheur éblouissante, et comme

ceint d’un reflet rose. À sa vue, je tremblai de tout le corps, je le dévorai des yeux et, sans le

vouloir, m’arrêtai devant ce groupe. Vénus avait le corps beau et blanc, mais les seins un peu

avachis ; sa conque semblait trop béante et les lèvres qui la protègent tiraient sur le violet ; on

voyait bien qu’elle témoignait d’un zèle extrême envers la déesse qu’elle figurait.

Les yeux de Ferry se fixèrent sur moi, ses lèvres esquissèrent un sourire et il dit :

“ Voilà la meilleure façon de prendre l’initiative ! ” Puis il se retourna vers les deux dames,

s’inclina et, les ayant quittées, vint droit sur moi. Il murmura mon nom à mon oreille. Sous

mon déguisement, je rougis.

L’orchestre attaqua une valse ; il était invisible, séparé des acteurs de cette bacchanale

par un paravent. Ferry me prit par la taille et nous nous éloignâmes en tourbillonnant parmi

les innombrables danseurs et danseuses. Je me trouvai comme étourdie par le frôlement de

tant de corps chauds, lisses et nus, de femmes et d’hommes, au gré de la valse qui les

entremêlait dans une sorte de vertige, par la vue de tant de verges mâles gonflées qui

pointaient, pendant la danse, vers un but précis, par les baisers qui résonnaient et par l’odeur

voluptueuse de tous ces hommes et femmes en rut. La flèche de Ferry frôla, de sa pointe, ma

grotte et parfois son sommet ; je la tendis, entrouverte, à sa rencontre, pour qu’il se dirigeât

vers le bas, mais il se borna à me demander : “ N’es-tu pas jalouse ? ”

— Non, répondis-je, j’aurais voulu te voir en Mars auprès de Vénus.

Il me quitta et reprit, des bras d’un danseur, la dame qui représentait Vénus.

Quelques filles du pensionnat de notre hôtesse apportèrent un tabouret rouge qu’elles

placèrent au milieu de la salle ; Vénus s’y appuya des deux bras et Ferry l’entreprit parderrière.

Wladislawa et Léonie s’assirent aux pieds des deux partenaires, la première, de ses

doigts, écarta les grandes lèvres de la déesse et y joua avec sa langue, tandis que Léonie

chatouillait les testicules de Ferry et lui insérait dans la fente arrière sa propre langue. Ferry

s’en prit, à plusieurs reprises, si vigoureusement au corps de Vénus qu’elle en gémit. Quant à

moi, je me débarrassai du peu de vêtements que je portais et me plaçai toute nue devant lui.

“ Enlèverai-je aussi le masque ? demandai-je. — Garde-le sur ton visage ”, répondit-il et,

ressortant sa verge de la conque de sa déesse, il lui claqua de la main sur les fesses, pour

qu’elle me cède la place. Mes genoux fléchirent lorsque je me substituai à elle. Ferry se mit à

genoux derrière moi, pénétrant de la langue par-derrière, puis par-devant, m’excitant au point

que j’attendis d’un instant à l’autre que ma fontaine gicle. En baissant les yeux, je vis le

splendide gland rouge de sa lance semblable à un rubis au sommet d’un sceptre royal.

C’en était trop pour moi ! Vénus, secondée par une autre dame, me suçait les seins, une

troisième m’embrassait, faufilant sa langue entre mes lèvres, qu’elle buvait et mordait. Léonie,

accroupie entre mes jambes, chatouillait ma fente à me faire perdre les sens ; le souffle

presque coupé, je me sentais parcourue de frissons, au diaphragme, dans les hanches, les

cuisses, les bras et les fesses. Le moment critique approchait ; le suc laiteux jaillit, comme de

la crème fouettée, de ma grotte et remplit la bouche de Ferry, que j’entendis l’aspirer jusqu’à la

dernière goutte. Là-dessus, il s’élança et m’enfonça son sceptre, brûlant et noueux, jusqu’à la

racine, ce qui m’arracha un cri aigu de volupté. Mes nerfs, encore détendus peu d’instants

auparavant, se crispèrent, mon temple de volupté était comme embrasé ; son dard, dur comme

la pierre, me fit l’effet d’un acier surchauffé. Oh ! comme il s’entendait merveilleusement au

jeu de l’amour !

Tantôt il retirait son boute-joie dont le gland caressait mes lèvres dans son va-et-vient,

tantôt, d’un vigoureux élan, il le rentrait. Je sentais l’étroit orifice de mon hymen qui tentait

d’attirer et de retenir son gland avant de le relâcher. Il recommença plusieurs fois, ses

mouvements devenant plus vifs et plus raides, tandis que sa verge s’enflait toujours davantage.

Lui non plus n’était plus maître de ses feux ; il se pencha vers moi et, incrustant ses doigts

dans mes hanches, il mordit jusqu’au sang mon épaule ; sa langue et ses lèvres s’en

repaissaient. Le spasme survint alors, et le jet fut si fort qu’il remplit ma grotte. Je craignais

déjà que ce ne fût passé et que je ne dusse perdre Ferry, mais il ne desserra pas son étreinte et

son boute-joie resta mon prisonnier, s’ébattant dans le carcan qui se refermait sur lui.

Malgré la forte décharge, mon intérieur se trouva sec en moins d’une minute, tant la

chaleur absorbait la sève. Je sentis alors son sceptre se durcir de nouveau et me bouter des

coups auxquels je répondis sans délai. Aux applaudissements de l’assistance, nous reprîmes la

joute amoureuse, cette fois avec plus de réflexion, en mesurant et espaçant nos efforts. Aussi

la décharge fut-elle simultanée et je sentis une secousse électrique me transpercer, s’implanter

en mon coeur. Sans sa présence d’esprit et sa maîtrise, qui surent contrôler ses nerfs, je me

serais, à cet instant, trouvée enceinte, mais, après ce jet, un autre, bien plus prolongé et chaud,

lui succéda, paralysant l’effet du premier.

Même après cet exploit, il ne mit pas fin à cette démonstration de son amour et de sa

vigueur virile. Les spectateurs applaudirent lorsqu’ils le virent reprendre pour la troisième fois

le tournoi, sans avoir dégagé sa flèche de mon carquois. Et tous de s’écrier : “ Toutes les

bonnes choses sont trois ! ” Bien que, cette fois, le jeu eût duré plus d’un quart d’heure, pas

question pour eux de s’éloigner ! Je sais même que des paris s’engagèrent : Ferry aboutirait-il

ou serait-il, d’épuisement, contraint à battre en retraite ? Il n’en fut pas question ! Ferry

paraissait inépuisable ; le dénouement, longtemps attendu — ce qui accrût son plaisir comme

le mien —, survint enfin, m’inondant toute de sa sève. Mais aussi, cette sorte de voluptueuse

prostration qui succède à la décharge dura, cette fois, bien plus longtemps qu’après le second

acte de notre splendide drame d’amour. Je ne tenais plus sur mes pieds ; plusieurs

pensionnaires de notre hôtesse m’enlaçaient les jambes. Sous mes pieds, à mes flancs, devant

moi, je ne sentais que des chairs nues. Les dames m’abreuvaient de baisers, suçant les boutons

de mes seins, tandis que Ferry, debout derrière moi, me serrait encore contre lui.

Je sentis enfin son dard, toujours dans ma grotte, perdre peu à peu de sa rigidité, et

s’échapper de la cage à laquelle il avait procuré une indicible volupté, tout en s’y trouvant lui

aussi fort à son aise. Enfin, chacun finit par nous laisser tranquilles. Ferry m’embrassa, me

tenant longtemps encore entre ses bras. Puis, il me prit par le bras et fit mine de m’emmener.

“ Sur le trône ! ” s’écrièrent alors plusieurs voix d’hommes et de femmes.

Au fond de la salle, on avait édifié une sorte de tribune, avec un divan recouvert de

velours rouge. C’est là qu’on projetait de nous mener pour signifier que nous méritions le

premier rang parmi les vainqueurs des tournois amoureux. Ferry récusa cet honneur, en son

nom comme de ma part ; il fit savoir qu’il préférait, si on voulait bien l’y autoriser, se

désaltérer de quelque boisson rafraîchie. Sur quoi la dame costumée en Vénus nous mena vers

le buffet. Le couvert n’était pas encore mis, il était trop tôt encore pour le souper, mais nous

trouvâmes au buffet tout ce que pour l’instant nous désirions.

— Aurais-tu donc envie… ? lui demandai-je en l’étouffant de baisers.

— Pourquoi pas ? répondit-il en souriant. Mais je voudrais fermer la porte au verrou. Et

toi, enlève ton masque, que je puisse lire la volupté sur ton visage. Serais-tu par hasard encore

capable de me refuser cela ?

Il n’avait rien de ce despote, de ce sultan dont il avait voulu affecter le rôle ; c’était

plutôt un berger, le plus doux et tendre que j’aie pu souhaiter. Je me levai, allai pousser le

verrou de la porte et m’allongeai sur un doux lit de plume. Seule, une lampe d’albâtre, au

plafond, éclairait la chambre ; sa lumière se concentrait sur le lit. J’écartai les cuisses de mon

mieux, m’appuyai sur les coudes, et attendis mon chevalier servant qui, sans perdre un instant,

m’enfila de sa lance. Cette fois, rien ne nous distrayait de nous-mêmes ; je ne voyais que lui,

et lui que moi.

Saurais-je décrire ce que je ressentis alors ? Je ne peux dire qu’une chose : les trois

libations que nous avions savourées grâce aux dieux de l’amour ne furent rien en comparaison

de la volupté que j’éprouvai, cette fois, pour moi toute seule. Lorsque le moment critique

approcha enfin, il me fixa du regard et ses yeux prirent une expression de sauvage volupté, ses

lèvres s’entrouvrirent comme pour reprendre souffle, mes yeux aussi chavirèrent et nous

sombrâmes dans l’ivresse du plaisir, poitrine contre poitrine, ventre contre ventre, nos jambes

et nos bras entrelacés comme un couple de serpents…

Nous restâmes ainsi allongés une demi-heure ; il s’était à demi tourné vers le mur, si

bien que je reposais sur lui. Il n’avait pas dégagé son sceptre de ma gaine et, les yeux clos,

nous restâmes dans un demi-sommeil, jusqu’à ce que des cris, des exclamations d’allégresse,

venant de la salle, nous eussent tirés de cette extase. Il se mit en quête de mon masque, que,

dans ma distraction, j’eusse peut-être oublié, et m’aida à le fixer ; mes vêtements étaient posés

sur une chaise ; je n’avais même pas remarqué qu’on me les avait apportés. Je me vêtis, Ferry

reprit son domino qu’il enfila rapidement, et nous revînmes dans la salle.

Ici, l’orgie atteignait à son apogée. On ne voyait que des groupes dans des poses

voluptueuses, à deux, à trois, et même quelques-uns composés de plusieurs personnes.

Trois de ces groupes étaient plus compliqués que les autres. L’un comportait un homme

entouré de six femmes. Couché sur le dos, sur une planche soutenue par deux chaises, il avait,

de sa lance, enfilé l’une des femmes ; sa langue jouait dans la grotte de volupté d’une seconde,

assise sur sa poitrine ; de ses mains, il chatouillait la conque de deux autres ; les deux

dernières étaient sans doute moins bien partagées, et servaient surtout à compléter le groupe,

encore qu’elles fissent semblant de jouir aussi.

Le deuxième groupe avait pour centre Vénus ; elle était étendue sur un homme qui

l’avait embrochée tandis qu’un autre l’entreprenait par-derrière et venait d’introduire sa verge

dans l’autre orifice, beaucoup plus étroit. Dans chaque main, elle tenait la flèche d’un homme ;

le cinquième mâle, un véritable colosse de Rhodes, installé sur deux chaises basses, les

jambes écartées, se faisait sucer par le premier. Chez ces cinq mâles et chez Vénus, la

jouissance survint au même moment. C’était le plus beau des trois groupes.

Le troisième se composait d’un homme et de deux femmes. L’une était à moitié couchée

et à moitié assise sur un divan ; la seconde, allongée sur elle, lui enserrait les hanches de ses

jambes ; tendrement enlacées, elles s’embrassaient et jouaient de la langue. La seconde

s’arquait assez pour relever le croupion. L’homme, taillé en “ hercule ”, enfonçait tour à tour

son dard dans la grotte de volupté de l’une et l’autre des deux femmes superposées. Je me

demandais ce qu’il ferait au moment critique. Il était, dans son jeu, parfaitement réfléchi et

équitable ; aucune des deux n’avait droit à plus de coups que l’autre. Finalement, à son souffle

plus rauque, je vis que l’instant décisif approchait, mais, même alors, il ne perdit pas son sangfroid

et donna à l’une autant de son nectar qu’à l’autre ; le premier jet, le plus bref, était allé

dans la conque de la partenaire du dessus.

Ainsi, de tous les participants, hommes ou femmes, à ce concert d’amour, personne

n’était resté à jeun, bien que certains fussent arrivés au but avant les autres ; chacun, en outre,

avait eu double jouissance. Ferry et moi étions, parmi eux tous, ceux qui nous sentions encore

le plus en forme.

Parmi les femmes, seules Vénus, la comtesse Bella et moi n’avions pas quitté nos

masques.

Je sus plus tard qui avait joué le rôle de la déesse Vénus. C’était une femme du monde,

célèbre par ses aventures galantes ; mais quitter son masque lui eût pourtant paru gênant.

Bella était d’une insolence démoniaque. Elle criait à voix haute : “ Venez donc, baisez-moi !

Ne voyez-vous pas que je suis une putain, une putain que n’importe qui baise ! ” Elle abordait,

l’une après l’autre, toutes les pensionnaires de notre hôtesse, caressait leur conque de sa

langue, ou leur demandait d’uriner dans sa bouche. Au cours du souper, elle but un plein verre

qu’un des assistants avait pour elle rempli d’urine. Elle fut bientôt ivre morte et se roula

convulsivement sur le sol. Resi Luft dut, finalement, la faire transporter dans une petite

chambre et mettre au lit, pour y dormir tout son saoul. Resi avait refermé la porte, mais Bella

vint encore y tambouriner longtemps de ses deux poings, avant de s’effondrer sur le sol et de

s’endormir. Plus tard, on envoya des pensionnaires voir ce qui se passait ; elles trouvèrent

Bella, qui s’était vidée par toutes les issues, au milieu d’une véritable flaque, et la mirent au lit,

où elle dormit jusqu’à quatre heures de l’après-midi.

L’orgie prit fin à quatre heures du matin.

Je rentrai chez moi, accompagnée de Ferry. Rosa était encore fort en train et n’alla se

coucher que lorsque je la congédiai. Faut-il encore vous dire que, pour nous deux, Ferry et

moi, le tournoi d’amour n’était point encore à son terme ?