Sortez-moi d'ici!

Que nos cuisses enlacées

L’odeur de nos corps sans honte

Nos bouches infatiguées

Et nos sexes qui s’affrontent

Mes seins

Ton membre dressé

A l’amour qui nous harcèle

Nos sanglots entrecoupés

Que la jouissance appelle

Notre désir épuisé

Qui revit sous nos caresses

Nos chairs

Émues de baisers

Que des doigts plus fiévreux pressent

Nos ventres

Enfin soudés à l’aube conceptionnelle

Fassent de ces nuits passées

Un chant de rut

Éternel.

 

Poème de Simonne Michel Azais (France)

Langue

Telle un pétale au bouton qui l’appelle

Et d’un rose aussi pur

Et d’aussi ferme émoi

Langue qui sauras mieux amignarder ma lèvre

Et la vouloir perler

Que le jeu de ses doigts

Langue qui me boiras

Quand je boirai la sève

Affleurée doucement à si troublant état

Langue qui me feras crier d’éblouissance

Amie de mon plaisir

Je m’entrouvre pour toi.

Amignarder ou amignotter ou amignouter Traiter avec tendresse ce/ceux que l’on aime; tenter de s’attirer les faveurs de quelqu’un par la douceur.

 

Paul Fort L’Amour marin

On les r’trouve en raccourci, dans nos p’tits amours d’un jour, toutes les joies, tous les soucis des amours qui durent toujours !

C’est là l’sort de la marine et de toutes nos p’tites chéries. On accoste. Vite ! un bec pour nos baisers, l’corps avec.

Et les joies et les bouderies, les fâcheries, les bons retours, il y a tout, en raccourci, des grands amours dans nos p’tits.

Tout c’ qu’on fait dans un seul jour ! et comme on allonge le temps ! Plus d’trois fois, dans un seul jour, content, pas content, content.

On a ri, on s’est baisés sur les neunœils, les nénés, dans les ch’veux à pleins bécots, pondus comme des œufs tout chauds.

On s’en est allé, l’matin, souffler les chandelles des prés. Ça fatigue une catin, ça n’y est pas habituée.

On s’est r’levé des bleuets, les joues rouges et l’cœur en joie, et l’on est r’tourné chez soi, après un si grand bonheur

Peu à peu, le cœur en peine, on s’en est r’tourné chez elle, en effeuillant sur les blés une grande marguerite jaune.

La mer !… ah ! elle est là-bas, qui respire sur les épis, et mon bateau, que j’y vois, se balance sur les épis…

On arrive. — Avant d’entrer, on se r’garde, les bras ronds. Ça m’fait clic au fond d’mon fond : elle sort sa petite clef.

Le jour tombe, on reste là. On s’met au lit, c’est meilleur. On se r’lève pour faire pipi dans le joli pot à fleurs.

On allume la chandelle, on s’ montre dans toute sa beauté ! Vite, on se r’couche, on se r’lève, on s’étire, — c’est l’été.

 

Y a dans la chambre une odeur d’amour tendre et de goudron. Ça vous met la joie au cœur, la peine aussi, et c’est bon.

Et l’on garde la chandelle pour mieux s’voir et s’admirer. On se jure d’être fidèles. On s’écoute soupirer.

Et, tout à coup, v’là qu’on pleure, sans savoir pourquoi, mon Dieu ! et qu’on veut s’tuer tous les deux, et qu’on s’ravise, cœur à cœur.

Alors, on s’dit toute sa vie. Ça vous intéresse bien peu. Mais ça ne fait rien, on s’la dit. Et l’on croit qu’on s’comprend mieux.

On s’découvre des qualités, on s’connaît, on s’plaint, et puis, demain comme il faut s’quitter, on n’dit plus rien d’toute la nuit.

On n’est pas là pour causer… Mais on pense, même dans l’amour. On pense que d’main il fera jour, et qu’c’est une calamité.

C’est là l’sort de la marine, et de toutes nos p’tites chéries. On accoste. Mais on devine qu’ ça n’ sera pas le paradis.

On aura beau s’dépêcher, faire, bon Dieu ! la pige au temps, et l’bourrer de tous nos péchés, ça n’sera pas ça ; et pourtant

Toutes les joies, tous les soucis des amours qui durent toujours, on les r’trouve en raccourci dans nos p’tits amours d’un jour.

Mais la nuit se continue. Elle ronfle, la petite poupée, plus doucement, sur son bras nu, qu’une souris dans du blé

Alors, quoi ! faut-y pas s’ plaindre, ah ! faut-y pas bougonner, de voir la chandelle s’éteindre en fondant sur la ch’minée.

On r’garde au mur quelque chose, qui grimpe jusqu’au plafond… Ah saleté !… c’est gris, c’est rose… V’là l’jour rose comme un cochon !

  On pleure contre l’oreiller. Y en avait qu’un pour nous deux. Ça suffit !… on s’lève… adieu… On part sans la réveiller.

Mais c’qui est l’plus triste, au fond, c’est que, pour nous qui naviguent, les regrets sont aussi longs, des p’tits amours que des grands.

Et l’on s’demande, malheureux, quand on voulait s’tuer tous deux, rester là, s’éterniser, pourquoi qu’on s’est ravisé

     

   

   

  

   

Souvenir de Mnasidika

214drtikol

DRTIKOL (1883/1961)

Elles dansaient l'une devant l'autre,
d'un mouvement rapide et fuyant;
elles semblaient toujours vouloir s'enlacer,
et pourtant ne se touchaient point,
si ce n'est du bout des lèvres.
Quand elles tournaient le dos en dansant,
elles se regardaient, la tête sur l'épaule,
et la sueur brillait sous leurs bras levés,
et leurs chevelures fines passaient devant leurs seins.
La langueur des leurs yeux, le feu de leurs joues,
la gravité de leurs visages, étaient trois chansons ardentes.
Elles se frôlaient furtivement,
elles pliaient leurs corps sur les hanches.
Et tout à coup, elles sont tombées,
pour achever à terre la danse molle...
Souvenir de Mnasidika, c'est alors que tu m'apparus,
et tout, hors ta chère image, me fut importun.

Paul Eluard- Man Ray

nusch (1)

                                  Nusch par Man Ray

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas


Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne
Pour la santé
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

 P.Eluard