A l’écoute !

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Lascive, elle s’est réveillée nue ce matin. Les fenêtres ouvertes, elle se laisse caresser par le vent. Elle aime ainsi profiter de la bise. Quel dommage de devoir s’habiller… Non, décidément, ce sera sans elle. Elle restera sans culotte malgré l’activité qui l’attend. La nudité l’habite, la nudité l’habille. Elle décide d’en avertir son amant. Elle le sait seul aujourd’hui : elle n’hésite pas à lui envoyer un sms : « serai nue sous ma robe légère aujourd’hui. Profite en ! ». Comment interprétera-t-il son message ? Comment répondra-t-il à son avance ? Tous les deux savent pertinemment que l’éloignement ne pourra pas lui permettre d’en profiter effectivement. Alors que fera-t-il ?

La réponse ne tarde pas à arriver. Il veut bien en profiter s’il lui laisse le champ libre et si elle accepte ses directives. Que risque-t-elle à essayer ? Il est loin. S’il se prend à divaguer et à lui demander des choses impossibles, elle fera comme elle voudra. Elle accepte plus curieuse qu’excitée. « D’accord » lui répond-elle. Il insiste : « Tu me promets ! ». Elle promet sans conviction. « Bon, alors commence par mettre une culotte. Je te dirai quand l’enlever ». Elle ne s’attendait pas à cela, mais elle s’exécute. Il lui demande ensuite son emploi du temps du jour. Elle commence à comprendre son jeu. Elle lui donne pourtant.

5

L’heure tourne… elle se précipite vers le métro. Un trajet de 30mn doit l’amener en centre-ville. La sonnerie l’avertit de l’arrivée d’un sms. Elle aurait dû s’en douter, comme elle aurait dû se douter de sa teneur : « enlève maintenant ta culotte ». La rame, sans être pleine, n’est pas vide. Elle est assise. Il abuse et dès le début ! Pourquoi elle le ferait. Et pourtant… et si. Ce « si » la fait mouiller. Ce « si » l’amène à envisager que, peut-être… Imaginer la scène entraine aussi quelques sueurs froides. Personne n’est dans son voisinage immédiat. Elle pourrait profiter de l’arrivée prochaine dans une station : dans ces circonstances, tout le monde regarde l’arrêt à venir. C’est jouable. Il lui faudra être rapide, mais c’est faisable. Et puis, elle lui a promis quand même… C’est décidé : elle met son sac devant elle, à ses pieds. Elle se baisse pour faire mine de chercher quelque chose. La voix annonce le prochain arrêt. Elle sent que les personnes présentes fixent les portes et ne font pas attention à elle. D’un mouvement vif, elle s’exécute. Sa culotte est à ses pieds. C’est le moment le plus délicat. Elle dégage ses pieds le plus rapidement possible, tandis que des passagers sortent. Elle la ramasse alors que de nouveaux venus s’introduisent dans la voiture et la glisse dans son sac. Elle sent que son visage est devenu rouge. Elle a chaud. Elle regarde autour d’elle : elle sent les regards. Mais ce mélange d’appréhension et d’envie l’excite. Elle reprend son souffle et elle répond fièrement « c’est fait ». Pas de réponse. Les minutes s’égrènent. Au fur et à mesure de la progression du métro vers le centre-ville, les passagers sont de plus en plus nombreux. Elle est obligée d’abandonner le siège. Elle est debout et se tient à une barre. Or, comme s’il la surveillait et connaissait la situation, il lui envoie un texto lui demandant de se coller à une barre, les deux jambes de part et d’autres… Cela lui semble facile, bien qu’elle soit obligée de s’imposer à son voisinage. Peu à peu, elle approche son corps de la barre jusqu’à s’en emparer de toute sa personne. Certaines mains, devant son insistance, s’écartent ou lâchent prises. D’autres, non. Une main en particulier se tient au creux de son ventre. La foule de plus en plus nombreuse camoufle le fait. Mais cette main, si près de son bas ventre… Dans un mouvement brusque de sorties et d’entrées, elle finit enfin par pouvoir s’emparer de la barre et la glisser entre ses cuisses. Elle la serre de ses cuisses devenues avides. Elle en sent la matière à travers le tissu si léger. Elle se découvre l’âme d’une stripteaseuse de peep show. Et la main, dont elle ne sait d’où elle vient, resserre son étreinte.

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Pourquoi obéit-elle ainsi aux injonctions de son amant ? C’est complètement imprudent et fou. Imprudent, c’est vrai. Cependant, ce jeu la fait tremper plus qu’elle ne pouvait l’imaginer. Etre à la merci du regard. Sentir qu’on peut dévoiler son impudeur. Etre impudique, ce fantasme là ! Tout est dans l’attitude : il faut avoir l’air dégagé, presque hautain. Elle se décide à entrer dans l’attitude de la bourgeoise, sûr d’elle, froide et sèche. Peut-être l’avait-elle prévue quand elle a décidé de mettre, avant de partir, cette robe de qualité rehaussée d’un collier à la fois clinquant et précieux.

La densité dans le métro est devenue si importante qu’elle peut à peine porter son portable à ses yeux. « Fait ! » écrit-elle à nouveau. Elle a peine le temps de redescendre son bras qu’elle reçoit un nouveau sms. « Tiens ton portable de telle façon que tes voisins puissent lire que tu ne portes pas de culotte ». Il lui reste 7mn à tenir avant son arrêt. Et pourtant, elle s’exécute. Elle saisit son portable ostensiblement avec le dernier message. Des personnes se sont-elles aventurées à le lire par dessus son épaule ? Y a-t-il un lien avec ce qu’elle ressent ? Elle sent, ou croit sentir, une pression accentuée sur ses fesses. La main près du ventre glisse le long de la barre, ses fesses caressées : elle se sent acculée de partout. Elle se sent transparente, mise à nue.

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Elle finit par sortir de l’étuve. Cette expérience, la tension qui l’accompagnait, l’a éreinté. Elle marche dans la rue, profitant de sa liberté et de son secret. Et c’est pendant ce trajet qu’elle reçoit une nouvelle indication. « j’ai vu que tu passais devant la poste. Poste-moi ta culotte à l’adresse que je t’indique ». Il est gonflé, mais audacieux. Et elle aime ça. C’est pour son audace, sa façon de l’amener à la limite de son plaisir, qu’elle est en manque de lui. De toute façon, elle avait prévue de partir sans culotte. La poster ne changera rien à la suite de la journée. Elle entre dans le grand bâtiment. Elle s’avance jusqu’au guichet et demande une grande enveloppe. Le préposé, lui sourit et lui demande ce qu’elle veut y introduire. Elle le sent impertinent. Et d’un grand sourire lui répond que ce qu’elle veut y introduire ne le regarde pas, mais que c’est suffisamment grand, large et profond. Sans se départir, l’homme lui indique que dans ce cas, il choisirait du XXL et met devant elle un assortiment. Elle choisit une enveloppe moyenne. « Pas si grand » murmure-t-il narquois. Elle fait la moue, paye et libère sa place. Elle s’écarte et s’installe à une table. Elle note l’adresse. Elle ouvre largement l’enveloppe et tandis qu’elle cherche à y placer son sous-vêtement, celui-ci s’accroche et tombe à terre. Elle le ramasse aussi vite qu’elle peut, mais elle se rend compte que pour celui qui regarde la scène l’identité du tissu ne fait aucun doute. Sa culotte s’étale impudiquement sur les carreaux. A peine introduit dans l’enveloppe, elle croise le regard du postier. Il rougit. Elle profite de la situation avant que celui-ci ne ressaisisse. Elle lui remet l’envoie et lui tourne le dos, non sans avoir affiché un sourire moqueur.

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Elle a passé l’épreuve avec succès. Elle sourit encore triomphalement de l’embarras de l’homme. Elle prend son portable, prend en photo sa bouche en cœur et écrit en légende : « apprête-toi à recevoir ma culotte ! ». Elle vibre de son excitation…

Ce n’est que bien plus tard qu’elle comprit la profondeur de son inconscience, quand elle reçoit le dernier texto : « j’ai remarqué que tu avais un trou dans ton emploi du temps. J’ai téléphoné à ton esthéticienne en me faisant passer pour ton mari et j’ai pris rendez-vous à 14h pour une épilation intégrale… »

Le salaud !

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