Lu pour vous : les frasques d’une femme fidèle

Il en avait profité pour s’approcher d’elle, poser une main sur ses cheveux. Sur le sommet de son crâne.

  • Qu’est-ce que tu fais ?
  • Ben, tu vois… je touche tes cheveux.
  • Tu trouves que c’est le moment ?
  • C’est le meilleur moment puisque je le fais. Il y a des années que j’ai envie de caresser tes cheveux et je n’ai jamais osé le faire…

Il parlait doucement. Un chuchotement fluide comme une confidence. Le contact physique et le murmure de sa voix grave provoquèrent chez Loranne une réaction instinctive à laquelle elle ne s’attendait pas. Elle inclina la tête comme si elle souhaitait un prolongement de la caresse. Simon emmêlait avec nonchalance ses doigts dans les longs cheveux fins et souples. Sa main se referma sur la nuque ployée. La jeune femme fut envahie d’une agréable sensation de bien-être. Elle aimait ce poids tiède sur son cou. Pourtant, elle trouva tout de même la force de balbutier :

  • On devrait pas…
  • Chut ! Dis rien… c’est un instant magique…

Il avait raison. Il se passait quelque chose entre eux qui ne pouvait s’exprimer avec des mots. Elle bougea un peu la tête de droite à gauche et c’est alors qu’elle perçut l’odeur de son corps. Un parfum à peine perceptible mais caractéristique d’homme endormi. Elle était très sensible aux odeurs et celle-là l’émouvait toujours. Simon était son préféré parmi ceux de la bande. Elle ne l’avait jamais envisagé autrement que comme un ami. Un ami fidèle et affectueux, mais un ami. Elle le pensait sincèrement, même si Benoît l’avait déjà plaisantée sur cet attachement qu’elle essayait de ne pas trop montrer. C’était ce qu’elle dirait si on l’interrogeait à cet instant précis : Simon n’est rien d’autre qu’un ami. En même temps, elle se rendait compte que leur attitude dérapait, devenait équivoque. Elle devait la faire cesser au plus vite. Benoît dormait dans la chambre à côté, Colette dans la chambre contiguë. Sans parler des autres. N’importe lequel pouvait surgir à tout moment et les surprendre. Mais elle ne trouvait pas le courage de prendre l’initiative de leur séparation. Ni le courage ni l’envie. Sa sensualité avait été éveillée, confusément d’accord, mais très nettement. C’était presque malgré elle qu’elle savourait les sensations qui s’éveillaient dans son ventre, alors que son esprit refusait encore de l’admettre. Pourtant, en dépit de son apparence raisonnable et presque froide, elle savait qu’au fond, elle était sensuelle. Gourmande de tous les plaisirs. Incapable de résister à la perspective d’une sensation agréable. Elle appréciait toutes les jouissances sans exception, même si elle s’efforçait de le dissimuler. Déjà, elle goûtait l’abandon de cette situation qu’elle n’avait pas recherchée, mais qu’elle acceptait en refusant de se poser des questions gênantes. Elle feignait de croire à un mouvement de tendresse passager et sans conséquence. L’obscurité et le silence aidant, elle voulait encore y voir une manifestation de leur amitié amoureuse. Les doigts de Simon lâchèrent son cou, glissèrent sur sa joue, rasant ses lèvres au passage. Les petits cheveux de sa nuque se hérissèrent, un frisson secoua sa poitrine. D’un seul coup, elle prit conscience que le jeu allait trop loin. Qu’elle ne devait pas le laisser continuer. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit de sa gorge contractée. Il la prit aux épaules, la releva. D’un geste maladroit, elle tenta de se dégager, mais le mouvement n’aboutit qu’à la plaquer contre son torse nu. Le fin coton de la nuisette n’était pas un rempart contre la chaleur de la peau qui se collait à elle. Elle posa une main sur la poitrine masculine, puis la retira précipitamment. Elle leva la tête en bredouillant quelque chose d’incompréhensible. Leurs bouches se frôlèrent, Loranne ne refusa pas le contact. Elle respirait le souffle de Simon. La pointe de sa langue glissait sur ses lèvres plus légèrement qu’une aile de papillon. En même temps, il pressait son ventre contre le sien, elle sentait la barre de son sexe. Jusque-là, elle pouvait croire à une bouffée de tendresse. Un élan de sensualité presque fraternelle. Maintenant, ce n’était plus possible. Ses doigts serraient ses épaules à lui faire mal, sa langue bougeait tout doucement contre ses lèvres et sa queue bandait sur son ventre. Elle ne pouvait plus croire à l’innocence de ce qu’ils étaient en train de faire. Mais elle ne chercha pas à s’écarter de lui. Si on lui avait dit la veille que cette nuit, elle aurait envie de faire l’amour avec un autre homme que Benoît, elle aurait crié au fou et éclaté de rire. Depuis six ans qu’ils étaient mariés, elle n’avait jamais désiré un autre homme. L’idée de le tromper lui aurait semblé absurde. C’était hier. D’un coup, elle entrouvrit ses lèvres et sa langue se porta au-devant de celle de Simon. Instinctivement, elle avait avancé son ventre pour éprouver la dureté du sexe qui s’y imprimait. Ses mains empoignèrent les reins de l’homme. Elle se pressa plus étroitement contre lui. L’envie lui était venue sans préméditation, sans calcul. Loranne ne trichait jamais avec ses impressions intimes. Elle avait brusquement eu envie de faire l’amour avec Simon. Une envie poignante qui lui irritait les nerfs. Il devina son consentement car ses mains descendirent de ses épaules à ses hanches, glissèrent sous la nuisette, remontèrent jusqu’à la nuque. Elle leva les bras pour qu’il fasse passer la légère chemise au-dessus de sa tête et elle remua plus fort sa langue dans sa bouche. Il embrassait bien. Sans hâte, mais avec une détermination tranquille qui la séduisait. Elle se cambra quand il toucha ses fesses. Elle adorait qu’on lui touche les fesses. Qu’on les caresse. Elle n’y résistait pas. Au bout de quelques secondes, elle faufila une main entre leurs ventres, écarta l’élastique du slip, se saisit de la queue brûlante qui se tendit encore un peu plus. La minute d’après, ils étaient nus tous les deux, debout dans l’obscurité. Ils se branlaient mutuellement, lèvres et langues luttant furieusement. Loranne était si absorbée par ses sensations qu’elle ne pensait à rien d’autre. Simon recula la tête, demanda avec un rire étouffé :

  •  On pourrait peut-être tirer le verrou ?

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Une réflexion sur “Lu pour vous : les frasques d’une femme fidèle

  1. Une femme fidèle qui …cède.
    Le flou entre les frontières amicales et amoureuses,
    décrit dans ce passage…pas envie de tromper, mais envie,
    de connaître  » l’autre chose »…toute l’ambiguïté de la situation,
    des sentiments, des désirs.

    PS: Je n’ai pas trouvé ce livre sur les sites.
    Pourtant, j’aimerais le lire, en connaître plus.

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