Des camions de tendresse : François Rey (Extrait)

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On rentre dans l’histoire avec une facilité émouvante, suivant cette jeune fille aux traits androgynes, on devient homme ou femme pour elle, selon elle. On voyage avec elle, et on se retrouve prêt à l’aider au moindre détour, avide de tourner la page de chaque épisode. On s’amourache de ces deux jeunes hommes, en espérant qu’ils la protégeront toujours, pour lui offrir un peu de bonheur, au gré des tonalités sonores de ces musiques mûrement choisies. Françoise Rey nous offre une écriture 100% maitrisée, piquante, sensuelle, dénudée… 
J’ai dansé avec eux, éperdue de désir et de peine, saccagée de passion. You know,
I live in New York City… La batterie répétait à l’infini toujours les sept mêmes
notes à la même cadence. That’s where we live where we live… Leurs coups de
bassin devenaient fous, leur braguette gonflait. Ils baisaient avec les guitares et
ledes-camions-de-tendresse-627165-250-400s chœurs, avec le saxo, le tam-tam, avec Harlem tout entier, et tous les ghettos
du monde, ils baisaient contre la haine, la misère et la différence, ils
m’ensorcelaient de leurs bonds, de leurs remous, de leurs tourbillons, de leur foi,
de leur puissance, leur chorégraphie se muait en une course démente et sauvage,
l’éternel recommencement des flots, le manège des astres, le maelström de
l’univers complet, galaxie et saisons confondues, je suivais leur chevauchée, ce
galop impétueux et épique qui faisait d’eux les centaures d’un monde intersidéral,
j’ondulais, sautais, tournoyais avec eux, encore et encore, jusqu’à ce que la
musique nous porte, nous charrie, nous roule et nous recrache, comme des
naufragés, dans la zone portuaire où se croisaient les sémaphores des grands
phares mauves…
29123-gfLeur nudité ruisselante, où miroitait la nuit électrique de leur chambre, appelait
mes mains, mes lèvres et mon corps tout entier. Mes cheveux, plus longs qu’à
l’accoutumée, mouillaient ma nuque comme une touffe d’algues chaudes. Leurs
varechs à eux, plus crépus, révélaient des senteurs mêlées qui parlaient d’océan et
d’ailleurs.
J’ai posé mes doigts au hasard d’une pêche au trésor dans l’antre des grands
fonds. Tout butin m’était gigantesque : leurs couilles, oursins géants, débordaient
mes paumes, leur queue gorgée ébahissait ma bouche. Je glissais sur leur corps,
anodine et légère, désespérée de peser si peu à leur ventre de fer, à leur poitrail
bombé, luisant comme une armure… J’ai chevauché l’un d’eux, sa bite m’a emplie
de son velours fondant, et j’ai dû m’arracher au plaisir qui venait vite, beaucoup
trop vite. C’était ma dernière nuit, la dernière…

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La musique sans fin tambourinait toujours, ils se cherchaient par-dessus mon
corps, s’attendaient au-delà de moi… Je voulais être leur carrefour, le rendez-vous
de leurs émois, une ultime, terrible et magnifique fois. J’ai supplié Marc :

— Viens dans mon cul, mets-y tout ce que tu as : ta langue, tes doigts, ta pine…

Il a bougé derrière moi, ses mains m’ont prise aux hanches, aux aines plutôt,
m’ont soulevée jusqu’à sa bouche. De deux pouces convergents, il a écarté mes
fesses, a bu à ce fruit éclaté comme à un melon fendu, longtemps, très longtemps. Je fleurissais sous ses lèvres, mûrissais, palpitais. Ma tête, au creux de mes bras pliés, j’écoutais les mugissements mêlés du saxo, du sang dans mes oreilles, du désir dans mes veines, qui battaient à l’unisson comme un ressac
infini. Il a dit :

— Cette fois, je ne te ferai pas mal…

Il ne savait pas, ne pouvait pas savoir que toute douleur m’était précieuse cette
nuit-là, toute marque, tout viol, que je voulais emporter dans ma chair
l’empreinte de leur passage cuisant et somptueux… Sa sollicitude m’a navrée de
reconnaissance et d’émotion. Il a éprouvé, une dernière fois, d’une langue
follement douce et ferme, la perméabilité de mon accueil, a reculé un peu. J’ai eu
froid tout de suite, sans son haleine chaude et sa salive de miel. Il a posé une
phalange d’abord précautionneusement, puis plus fort, m’a ouverte à peine, puis
davantage, puis complètement, a façonné mon désir, orchestré mon appel, élargi
mes espoirs. Appliqué et consciencieux, fureteur, autoritaire, son doigt a
progressé en moi, m’a habitée, limée, arrondie, polie, a tout visité, tout poussé,
tout caressé, tout convaincu…
Il a murmuré à mon oreille contre mes cheveux : « Jusqu’à ce que tu en meures
d’envie… », et pour murmurer ainsi, il s’est approché, couché sur moi, sur mon
dos extasié, qui a reconnu la chaleur de son ventre et de ses seins, sur mes fesses,
qu’a balayées la laine bouclée de ses cuisses, et son doigt est resté ancré, bien
solide et bien scrupuleux, pendant qu’il faisait frissonner mon tympan et mon
échine.
J’ai abdiqué tout de suite

— Marc, Marc, j’en meurs d’envie…
— Non, a-t-il répliqué, pas encore. Il faut une grande, grande place, parce
que j’ai une grosse, grosse trique.
Et il a continué à fabriquer son nid, et moi, je mourais, c’était vrai, je mourais
d’amour pour lui, je mourais d’envie qu’il me prenne, qu’il s’enfonce en moi à
tout faire éclater…

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Alors ! ! ! On danse !

Quand le sexe devient une production ou se résume à des performances alors il perd toute valeur, tout sens… Alors !

Dansez ! Dansez ! Dansez !

Soyez ouvert, réciproque.

Soyez fort, très fort,

Soyez maladroit comme pas possible.

Faite du bruit, beaucoup de bruit,

Taisez-vous soudain

Faite du désordre à réveiller les morts,

Mordez tout ce qui vous tombe sous la dent,

Griffez chaque espace de peau,

Poussez, ici

Tirer là,

Tenez ce qu’il faut tenir,

Purgez ce qu’il faut purger

Caressez partout, partout

Caressez-le et caressez-vous

Au moment de l’amour, oubliez la pression du moment.

Embrassez-le.

Profitez de votre corps

Apprécier son corps

Transpirez de partout,

Suez à pleine gouttes,

Soyez naturel,

Amadouez vos sens,

Donnez-vous du plaisir.

Bougez,

Secouez-vous,

Refusez son baiser,

Riez quand le rire arrive.

Parler avec vos mots,

Parlez avec votre corps,

Parlez avec votre âme.

Touchez sa peau,

Embrassez-le pour qu’il ait la chair de poule

Jouez avec ses cheveux.

Criez votre plaisir,

Mendiez votre orgasme,

Gémissez lorsqu’il arrive,

Soupirez après lui,

Laissez vos orteils se mettre en éventail,

Perdez-vous.

Perdez votre souffle ;

Gardez les lumières allumées,

Regardez ses yeux lorsqu’il explose.

Oubliez les soucis du moment,

Faites des choses qui n’ont aucun sens.

Oubliez vos attentes,

Dégustez chaque seconde, comme elle vient.

Défaite votre maquillage,

Décoiffez-vous,

Débarrasser-vous de votre humanité

Perdez votre ego.

Exploser ensemble,

Effondrez-vous ensemble

Fondez-vous l’un dans l’autre.

Le matin bonheur ou une et une font une !

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Je rentre à tâtons,
sur la pointe des pieds

Je viens déposer mes angoisses !

Me dévoilerais-je un jour ?

Pourrais-je m’envoler plus haut ?

Vais-je perdre l’équilibre ?

Me montreras-tu les pluies d’étoiles ?

Pourrais-je lire ta partition ?

Et si la lune s’éteignait,
pourrais-je alors voir les feux de ton cœur ?

Me raconteras-tu tes racines ?

Existe-t-il un endroit pour nous ?

Existe-t-il une frontière entre nous ?

Comment entrer dans ta ronde ?

Et soudain, s’entrevoir, se croiser, se frôler, s’effleurer
Se lancer dans une danse charnelle
Pour des pas sensuels.

Ce sera ce matin bonheur
Où une et une font une.