Valentine de Saint-Point

A la vie

Je suis digne de toi et digne de tes dons

Amers ou doucereux: plaisirs, douleurs et joies;

Avec la même force et de fiers abandons,

Je les étreindrai tous comme de belles proies.

Car pour moi tu es Une: harmonie et beauté.

Je veux vibrer à tout: au léger vent qui passe,

A l’eau qui coule et bruit, et à la cruauté

Lâche de l’ouragan qui ravage et trépasse.

Je veux mordre aux fruits mûrs, me griser de soleil,

De clartés, m’alanguir dans toutes les ivresses:

Corps à corps douloureux, parfums lourds, sang vermeil;

Amasser tes trésors, épuiser tes richesses.

Oui, je voudrais tout voir, tout goûter, tout sentir;

Souffrir jusqu’au dégoût, jouir jusqu’à l’extase;

Sangloter, haleter, hurler, m’anéantir;

Boire à ta coupe d’or la pourpre qui m’embrase.

Inconsciente et veule, en gémissant un jour,

Je t’ai haïe, alors, mais jamais méprisée,

Et mon cri de révolte était un cri d’amour.

Pour toi, je n’aurai plus insulte ni risée.

Car de tous les plaisirs, de toutes les douleurs,

Mon être jaillira, renouvelé sans cesse.

Tout éclatant de force et de jeunes chaleurs.

Et d’une inextinguible et ardente allégresse.

Car sur mon âme vaste, en un rythme angoissant,

Toute sensation semblable au flot immense.

Hardi, tumultueux, passe l’élargissant

Et la laissant toujours plus avide et intense.

Mon corps ardent frissonne et tremble de désir,

S’arque vers l’inconnu, arde, de toutes fièvres!

Exalté, fier, superbe, il est prêt à saisir

Les bonheurs irrêvés ou les brefs plaisirs mièvres.

Qu’en moi, nard odorant, cassolette d’onyx,

Mille formes de vie, essences parfumées.

Flambent en un seul feu, qui jusqu’au jour préfix

Brûle de son éclat mes passions sublimées.

En une exaltation splendide je te veux.

Car je t’aime et te hais, harmonieuse orgiophante

De la mort, donne-toi dans des spasmes nerveux,

O sublime ennemie! force triomphante!

Quelques soient tes présents je te dirai: merci!

Pesante de chagrin et de morne souffrance,

Ou légère de joie et libre de souci.

Pleurant ou délirant, j’irai sans défaillance

La bouche douloureuse ou les lèvres inertes,

Jusques à la mort, Vie, emplis mon œnophore;

Et moi, ivre d’amour, les narines ouvertes.

Les seins dressés vers toi, je te crierai: Encore!

 

(Poèmes de la Mer et du Soleil.) 

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La musique des mots avec Yvonne ASTRUC

Une main traînant l’archet long,
L’autre en transe qui vibre et bouge,
ETRE, esprit, âme du bois rouge,
Martyre dans l’état second.

O figure de cathédrale,
Courte sur des pieds écartés,
Au bord des violons hantés
Fais flotter une tête pâle.

Tes yeux fermés de séraphin
Passionné de la musique
Font physique et métaphysique
Notre tourment à nous, sans fin,

Notre tourment devant l’orage
Bois verni, cordes et crins clairs
Qui, d’après la sublime page,
Se déchire au bout de tes nerfs.

Autour de toi sont les fantômes
De ceux dont tu te fais la voix
De par ces cordes et ce bois
Qui jettent nos fronts dans nos paumes.

Or, salut au magistral jeu
D’où montent cri de joie et plainte,
Salut au visage de sainte
Qui souffre et pâme pour son dieu.

Puis, la sainte fougueuse et triste
Ayant donné tout son tourment,
Que soit notre violoniste
Une femme, tout simplement.

Voici venir Corinne, la tunique retroussée

 

Voici venir Corine....

            Voici venir Corine….

Tiens… pourquoi pas relire les anciens… Dans cette maison, il n’y avait que cela de toute façon. Et comme elle avait du temps à y perdre. Elle n’avait jamais lu Ovide par exemple. Elle ouvrit ses Amours » par hasard et y lit :

« Voici venir Corinne,
la tunique retroussée ,
les cheveux flottants de chaque côté sur sa gorge si blanche.
Telle la belle Sémiramis s’offrait aux caresses de son époux :
telle encore Laïs accueillait ses nombreux amants.
Je lui enlevai sa tunique,
dont le fin tissu n’était du reste
qu’un faible obstacle.

Corinne, toutefois, résistait à s’en dépouiller;
mais sa résistance n’était point celle
d’une femme qui veut vaincre;
bientôt elle consentit sans peine à être vaincue.

Quand elle fut devant mes yeux
sans aucun vêtement,
pas une tache n’apparut sur son corps.
Quelles épaules, quels bras il me fut
donné et de voir et de toucher!
Quel plaisir de presser ce sein
fait à souhait pour les caresses!
Quelle peau douce et unie
sous sa belle poitrine!
quelle taille divine!
quelle cuisse ferme et potelée !

Mais pourquoi dire ici tous ses appas?
Je n’ai rien vu que de parfait;
et pas le moindre voile
entre son beau corps et le mien.
Est-il besoin que je dise le reste ? »

Ben oui, elle aimerait bien… C’est depuis lors qu’elle se prit d’amour pour les textes des anciens, très anciens…

Voici venir Corine….

C’était le temps d’une autre année

Un petit clin d’oeil à Monsieur K et Crissie

http://michel-koppera.over-blog.com/article-crissie-et-monsieur-k-chapitre-16-a-125813382.html

C’était le temps d’une autre année
Le temps des néons allumés
Le temps des témoins des colombes
Le temps de la vitesse et de l’ombre
Le temps des lettres jetées au feu
Le temps où on était heureux
C’était le temps des bords de mer
Le temps des Gainsbourg, des Prévert
Je revois tes cheveux défaits
Dans la chambre d’hôtel tu jouais
Et moi sur la banquette arrière
Je voyais le monde à l’envers …
Vive le vent de l’hiver
Et la chanson de Prévert
Continue sa route à l’envers
Je ne suis pas chrétien
Mais de tout je me souviens
Vive le vent de l’hiver
Et tout retourne la terre
Les loups sont à la porte
Un dernier coup d’œil en arrière
Dans le rétroviseur
C’était le temps de Lily Brik
Le temps du soleil tatoué
C’était le temps des avalanches
Le temps des verres bus et cassés
Ma vie brûlait comme la place rouge
Quand la nuit finissait sa course
C’était le temps des accords majeurs
Où tout était illuminé
Et j’entends battre ton cœur
Doucement doucement
Je ne suis pas soigné
C’était le temps de la Cantate
Le temps où tu la jouais pour moi
Vive le vent de l’hiver
Et la chanson de Prévert
Continue sa route à l’envers
Je ne suis pas chrétien
Mais de tout je me souviens
Vive le vent de l’hiver
Et tout retourne à la terre
Les loups sont à ma porte
Un dernier coup d’oeil en arrière
Dans le rétroviseur
(Sur les routes pavées
Nuit d’hiver j’étais…)


Raphaël Personnaz

Vénus et Adonis !

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Extrait du poème Venus et Adonis de Shakespeare:

I’ll be a park, and thou shalt be my deer
Feed where thou wilt, on mountain or in dale
Graze on my lips; and if those hills be dry
Stray lower, where the pleasant fountains lie.

Je serai ton parc et tu seras mon cerf
Broute où tu veux : sur monts ou en vallée
Viens paître sur mes lèvres ; et si ces collines sont sèches
Egare-toi plus bas, là où gisent les agréables fontaines